Bulletin Vol.3 #1-20 avril 2009  

Les 5 caractéristiques d’une entreprise innovante par IBM
L’entreprise du XXe siècle est-elle équipée pour le monde des affaires du XXIe siècle ? Selon une étude réalisée par Irving Wladawsky-Berger, vice-président de la stratégie et de l'innovation technologiques chez IBM, et John Patrick, président de la société Attitude, les visionnaires et les chefs de direction disent que non – et explorent déjà des nouvelles façons de faire pour les décennies à venir.

Ces auteurs résument en cinq points la nouvelle pensée de ces chefs d'entreprises :


1.         Une entreprise innovante peut changer d'aspect du jour au lendemain


Faut-il s’étonner que les entreprises, tout comme les humains qui les bâtissent, recherchent stabilité, familiarité et sécurité? Règles gravées dans la pierre, politiques à toute épreuve sur lesquelles s’appuyer, pratiques institutionnelles fondées sur la tradition : tout cela apporte un confort certain.


Pourtant, ce type de culture d’entreprise sûre et prévisible devient de plus en plus dépassé au fil des jours. Qu’elle nous plaise ou non, cette approche est statique, assurant encore et toujours les mêmes résultats. Dans le monde des affaires hyperconcurrentiel du 21e siècle, nous savons que le statu quo se traduit par la stagnation, voire pire.


Innover pour rester concurrentiel. Voilà le mantra actuel. La créativité est considérée comme la compétence maîtresse d’une entreprise prospère. Nouveaux produits, nouveaux services, nouveaux modèles d’affaires. Voilà comment générer de la croissance. Agilité, flexibilité, sensibilité aux clients et marchés sont les attributs des entreprises leaders.


Mais établir une culture d’innovation est un objectif très ambitieux. Pourquoi? Parce qu'encourager la pensée hors des sentiers battus n’est autre que cela : contre-intuitif, «ce n'est pas la manière dont nous faisons les choses ici».


L'innovation découle d’une attitude particulière adoptée par toute l’entreprise. Une ouverture d’esprit face aux idées inattendues et dérangeantes, du PDG aux employés. Bien plus essentiel encore, la volonté de changer les vieilles habitudes et peut-être ainsi de faire tanguer le navire. L'innovation exige que l’on soit prêt à changer.


L'innovation, ça commence à l'intérieur, dans l’esprit de l’entreprise. Et lorsque l’innovation prend prise, l’entreprise est en mesure de s'adapter, de croître et de paraître également différente de l’extérieur.


2.         Une entreprise innovante est à l'écoute en permanence


Une écoute attentive nourrit nos cerveaux en information et constitue une source d'inspiration pour les idées. C'est pourquoi l'écoute est un catalyseur primaire de la pensée créatrice et de l'innovation. Quelle est la place d'une écoute attentive dans le monde réel des affaires?


Pour reprendre les propos de John Patrick, un des premiers pionniers de l'Internet chez IBM, au sujet de l'évolution du monde des affaires : l'ancien modèle, c'était planifier, construire, livrer. Le nouveau modèle est itératif : percevoir puis réagir, percevoir puis réagir. En d'autres termes, écouter puis changer. Réagir à des suggestions dignes de confiance en apportant les changements nécessaires, en quelques minutes et non en quelques mois. La solution la meilleure aujourd'hui pourra toujours être améliorée demain.


Une culture d'entreprise qui stimule l'innovation est très focalisée sur l'extérieur. Et compte tenu du rythme effréné auquel les technologies évoluent aujourd'hui dans le monde, garder l'œil ouvert pour se tenir informé en permanence de ce qui se passe constitue une priorité 24 heures sur 24, sept jours sur sept.


Les informations qui se multiplient, provenant de sources de plus en plus nombreuses et globales, forment un terrain fertile pour les idées nouvelles. Vient ensuite un processus critique de filtrage et d'analyse, qui évolue vers une situation où réflexions intuitives et innovation réelle peuvent s'ajouter au mélange. Voilà comment nous pouvons résoudre les problèmes les plus importants au niveau des affaires et de la société.


L'écoute est également importante pour recueillir les critiques de l'extérieur face aux idées nouvelles. Il faut donc se rendre là où sont débattues presque toutes les vraies bonnes idées : sur Internet. Les blogues, les sites wikis, l'info en format RSS, la collecte de signets contacts et les séances d'improvisation collective (multi-day jams) sont autant de moyens de collaborer et de former des réseaux sociaux favorisant l'innovation comme jamais. Sur Internet, un feedback sans retouche, global et presque instantané vous est offert par des experts.


Constatez-le vous-même. Les idées suscitant l'intérêt le plus sceptique sur le Web pourraient bien être les nouvelles percées tant attendues. Et les innovateurs à l'écoute se concentrent pour percevoir et réagir.


3.         Une entreprise innovante encourage l'exploration


Même dans les entreprises de pointe les plus en vogue, on ne retrouve que rarement les termes créatif ou innovation dans le titre d'un poste. Toutefois, étant donné que de plus en plus d'entreprises œuvrent avec ardeur pour innover, les descriptions de postes vont indéniablement évoluer et inclure la pensée créatrice et innovante.


Pour remplir une page d'idées, de conceptions et de concepts, il est préférable que le travail d'exploration soit mené par toute une équipe. Dans un environnement où aucun jugement n'est porté, chaque membre du groupe peut faire du remue-méninge et générer des idées décousues, occulter le besoin de les défendre par le raisonnement et faire évoluer les idées des autres, zigzaguant ainsi dans toutes les directions. Anciennement chez IBM, John Patrick invite les entreprises à «identifier les rebelles et à leur donner les moyens de s'investir totalement et de travailler aussi vite que possible».


Dans son article intitulé Come Together: The Mystery Of Collective Intelligence, Craig Hamilton suggère qu'aux États-Unis et dans le monde entier, des salles de conseil d'administration aux groupes de réflexion du changement social, les gens ressentent le besoin de se réunir et de mener une exploration commune.


Et qu'on l'appelle intelligence collective, synergie d'équipe, ingénierie simultanée ou pensée de groupe, «lorsque plusieurs personnes se réunissent ainsi avec une intention commune, dans un environnement conducteur, quelque chose de mystérieux peut prendre forme, dont les capacités et l'intelligence dépassent de loin celles des individus concernés».


C'est comme cela que l'on libère le pouvoir d'innover.


Le processus créatif consiste, entre autres, à essayer toutes sortes d'idées, à développer celles qui sont prometteuses, puis à réviser, retoucher et repenser si besoin est. Bien entendu, discipline et persévérance font également partie de l'équation. La capacité d'une équipe à surmonter les obstacles et à «accomplir l'impossible» dépend souvent de son unité. Ce travail est ardu, mais les résultats peuvent produire des percées d'une valeur inestimable.


4.         Une entreprise innovante sait que, souvent, les grands cerveaux pensent différemment


Que votre équipe compte deux, vingt ou deux mille personnes, une chose est sûre. L'innovation ne peut avancer sans une certaine forme de collaboration.


Certains inventeurs solitaires peuvent tomber amoureux de leurs propres idées et refuser de les soumettre aux critiques rigoureuses dont elles ont besoin pour prendre forme. D'autres penseurs sont moins protecteurs et plus agressifs.


Chargez une personne d'une idée, vous obtiendrez un point de vue. Réunissez le bon groupe de personnes, créatives, concentrées, pour résoudre un problème et, avec un peu de chance, vous obtiendrez des idées innovantes. Au sein d'un groupe, une idée extrêmement différente peut élargir le champ de la discussion et la faire évoluer dans une direction qui s'avère extraordinairement fructueuse.


Grâce aux blogues, wikis, courrier électronique, messagerie instantanée et autres fonctionnalités de ce type, le travail collectif d'innovation atteint des niveaux de facilité et de rapidité sans précédent. Chez IBM, nous libérons le potentiel de ces technologies grâce à des programmes tels que ThinkPlace®. Il s'agit d'une plateforme ouverte qui permet aux employés de soumettre des idées sur la manière d'améliorer un processus, d'exploiter une occasion sur le marché, voire d'aborder un problème social. Par la suite, certains collègues consolident ces idées avec leurs propres suggestions. Nous utilisons également les séances d'improvisation collective sur Internet : une boîte de dialogue au sein de l'entreprise qui permet aux employés IBM de partager ces idées, quelle que soit la division et l'emplacement géographique.


IBM reconnaît qu'il n'y a pas d'innovation sans collaboration, ce qui nous a menés à dépasser les frontières de notre organisation et à changer notre politique de propriété intellectuelle. Au début de l'année 2005, IBM s'est engagée à fournir un accès ouvert à des logiciels couverts par 500 brevets détenus par IBM, créant un bien commun de brevets servant de plateforme pour l'innovation commerciale et l'interopérabilité logicielle. Nous nous sommes également associés à Novell, Philips, Red Hat et Sony, pour fonder l'Open Innovation Network (Réseau ouvert de l'innovation), chargé de promouvoir les normes ouvertes, le partage stratégique de la propriété intellectuelle et l'élargissement des partenariats industriels, afin d'accélérer l'innovation et de relancer la croissance économique.


Pour stimuler l'innovation, réunissez plusieurs personnes aux points de vue opposés pour résoudre un problème. Observez les étincelles que cela produit. De ces étincelles vont émerger les idées nouvelles.


5.         Une entreprise innovante prend parfois des risques


Si, pour stimuler l'innovation, faire appel au raisonnement divergent des individus représente déjà un effort culturel important pour une entreprise standard, est-il alors difficile d'adopter une politique d'échec autorisé?


Richard Tanner Pascale et Jerry Sternin ont déclaré dans la revue d'affaires Harvard Business Review : «Puisque toute innovation diverge de ce qui est garanti et accepté, une entreprise innovante doit, par définition, accepter des niveaux de risque élevés. En creusant plus loin, les auteurs constatent que «souvent, les problèmes ne sont pas résolus parce que le chemin vers la solution est jonché de pertes potentielles et autres risques. Il est essentiel de reconnaître que s'aventurer en terre inconnue est un sport dangereux».


L'ouverture de ses portes aux étrangers, par exemple, permettant ainsi de collaborer sur un domaine aussi sensible que la R&D, représente un décalage culturel énorme. Pour la plupart des entreprises, leur volonté d’accepter des pratiques allant «à contre-courant» est ainsi mise à l'épreuve. Par ailleurs, encourager les employés à collaborer au-delà de leur division, «même au sein de la même organisation», requiert un effort et une détermination hors du commun. On n'a jamais dit que changer de culture était une démarche facile.


Plus intimidant encore, la société de consultants en innovation Doblin Group® estime que près de 96 % des tentatives d'innovation n'atteignent pas leur cible de retour sur investissement (1). Manifestement, discerner les idées innovantes qui seront rentables devient un exercice déterminant.


L'innovation repose sur une prise de risque, de la part des individus et des organisations. Par conséquent, ces volontaires intrépides doivent faire l'objet d'un traitement particulier et être protégés. Concrètement, un soutien dynamique venant de plus haut est crucial. Car tout se résume à ceci : être libre d'échouer signifie être libre de prospecter et réussir en territoire inexploré.


Le plus grand risque serait certainement de ne rien faire. D'un point de vue global, Irving Wladawsky-Berger, leader de la stratégie et de l'innovation technologiques, évalue la concurrence et se demande finalement si l'on peut se permettre de ne pas être le plus innovateur possible?


Et qu'advient-il lorsque nous cessons de rechercher des occasions de faire une percée ? Wayne Gretsky, hockeyeur célèbre et meilleur buteur de tous les temps, nous offre cette observation laconique : «Un joueur rate 100 % des tirs qu'il ne tente pas».


 

Source:

Créativité Québec (27 février 2009, #59),



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